Monday, February 23, 2009

Grod does Guest Blog

Bernie, ou comment avoir une vie bien remplie avec un voisin un peu fou

Il est assez commun, d’une certaine manière, d’avoir dans son entourage une personne ou deux qui se retrouvent toujours dans de drôles de situations. Du genre,… plus ou moins bizarres et a qui il arrive de manière régulière et répétée d’avoir pas mal d’ennuis auxquels, bien évidemment, personne ne souhaite véritablement être mêlé.

Heureusement, il arrive aussi qu’il ne s’agisse que d’une connaissance, d’un voisin ou d’une personne qu’on croise régulièrement mais avec laquelle on n’a pas vraiment de véritable relation et/ou attache de quelque sorte. Cependant, il arrive tout de même que dans un moment d’égarement général, la plupart du temps en plein milieu de la nuit – ben oui, sinon, c’est quand même beaucoup moins drôle – cette personne, contre laquelle on rien de personnel, mais qu’on ne souhaite pas vraiment connaître plus avant puisque : pas d’intérêt particulier, vienne recourir a vos services. Parce que c’est ca aussi, être quelqu’un de gentil, avec un peu de facilite au contact, avenant et souriant avec tous les inconnus qu’il croise (la je parle de moi… Ca peut sembler bizarre et pourtant…). Enfin bref. C’est le genre de truc qui arrive, de temps a autre…

C’était un lundi soir. Soirée, je dirais on ne peut plus « normale », tranquillement rentrer a la maison pour rejoindre ma moitié et finalement laisser les soucis de la journée, bien au fond de ma poche, avec mon mouchoir par-dessus. Donc, a priori, pas d’agitation particulière, pas de bruit aux alentours… Une soirée tout ce qu’il y a de plus normale, en fin de compte. Allysin et moi regardons des TV-shows, parce qu’il faut bien avouer que j’aime bien regarder ca. J’ai l’impression de choisir ce que je souhaite voir. C’est un peu comme du service à la demande, et c’est surtout quelque chose que les gens sans le câble ou sans télé numérique, ne peuvent pas faire avec leur télé « normale ». Et puis, de toute façon, la télé, ca me déprime. Le seul truc qui a un semblant d’intérêt, c’est le journal télévisé, le reste,… ca oscille en débilité profondément consternante et programme chiant pour vieux grabataires. Et les informations, c’est toujours sensiblement la même chose et ca se résume grosso modo par : la planète va mal et on va tous mourir, le système économique mondial est en plein plongeon au fond du gouffre et n’en fini pas de tomber encore plus bas, les résultats sportifs, ou plutôt, je devrais dire les résultats des matchs de football, parce que les autres sports n’existent pas aux yeux du petit peuple et, cerise sur le gâteau : la météo des jours avenir que j’appellerais la plaisanterie du jour parce qu’a en juger ce qu’ils nous présentent sur la carte et la véritable météo, c’est a ce demander s’il on regarder par la fenêtre avant de dire une connerie… Du coup, je préfère m’abstenir et choisir mes divertissements, même si ceux-ci ne sont pas forcement au top, au moins, je regarde ce que j’ai choisi et au pire si c’est chiant,… ben tant pis. C’est une notion complètement différente que celle d’allumer le tube cathodique et de se retrouver en pleine séance de lavage de cerveau avec les conneries qu’ils veulent bien nous laisser voir, sans nous en laisser le choix. Bref, peu importe… Et puis, ben arrive un moment ou, Allysin et moi on est quand même un peu fatigue. On doit se lever de bonheur le lendemain, le Petit Chat pour aller en cours et le Potiron pour aller trimer et gagner sa croute. On se couche, tout bien comme il faut. Petit câlin pour faire dodo et faire de beaux rêves, enlacés, l’un contre l’autre. C’est un des moments de la journée que je préfère. C’est vrai, je veux dire, il est tard le soir, mais il n’est pas encore demain, le monde est silencieux et la nuit recouvre de son manteau obscure tous les tas de merde qui font tache dans le décor pendant la journée. C’est reposant… En toute quiétude, tendrement blotti contre Allysin, je me laisse doucement glisser vers le pays du possible, du beau, du tranquille et du sans problèmes. Je me décontracte enfin, je me laisse en paix et j’oublie ; abandonne dans les bras de ma douce aimée, berce par sa respiration sereine et la tendre chaleur de sa peau. C’est tout un nouvel univers qui s’offre alors enfin à moi, plein de douceur, de tendresse et d’amour…

Mais la, en l’espace d’une fraction de seconde, cette merveilleuse illusion de bonheur simple vole en éclat ! Bernie… En plein milieu de sa quarantaine, légèrement vieillissant. Le visage marque, les traits tires par trop d’années passées derrière des barreaux et trop de nuits blanches accumulées a se demander : « Et si les choses s’étaient passées autrement ce soir la il y 28 ans ? », et c’est sans compter la consommation régulière de toute sorte de drogues et alcool… Un grand gamin, enferme a a peine 17 ans et condamne pour le meurtre a l’arme blanche d’un dealer quelconque de la banlieue de Liverpool vers la fin des années 70, re-goutant avec beaucoup de plaisir au sucre-sale de la vie en liberté après avoir perdu ses plus belles années dans un trou, finissant plus ou moins sa crise d’adolescence, mais finalement simplement heureux de pouvoir enfin mettre le nez dehors quand bon lui semble et de ne plus avoir le maton qui guette par-dessus son épaule en permanence.

Ah la la… Il est la dehors dans le couloir qui mène à nos appartements respectifs, martelant après notre porte d’entrée de tout ce qu’il lui reste comme énergie et gueulant comme un écorché, déchirant le silence nocturne et par la même occasion tous mes espoirs de trouver finalement la tranquillité auprès de ma blonde…

Et il gueule, et il frappe comme un lourd. Ce n’est pas croyable tout de même ce que les gens peuvent être insistants des fois… Bref… Je me lève, enfile mes moose pants, passe un T-shirt et demande à travers la porte :

« Quoi ! Qu’est-ce qu’il se passe ?

- Aww ! Gevro ! Call an ambulance mate, I’ve been stabbed ! I’m fucking bleeding everywhere, mate! Call an ambulance.

- What the fuck are you talking about Bernie?! You got stabbed? What?”

Il faut quand même avouer que lorsqu’on ne s’y attend pas, c’est particulièrement choquant d’entendre son voisin, agonisant sur le palier et qui vous supplie d’appeler les secours au plus vite parce qu’il se vide de son sang devant la porte de son appartement et du votre au passage…

Je dois avouer que pendant une minute j’ai hésité. Je veux dire, je n’ai pas hésité pour appeler les secours, mais pour ouvrir ma propre porte, ne sachant pas vraiment sur quoi j’allais tomber. Bon, je n’ai pas vraiment de répugnance particulière lorsqu’il s’agit de trucs sanguinolents d’ordinaire, mais la… Je veux dire que c’était quand même mon premier cas de : « I fucking just got stabbed ! » et je ne savais vraiment pas a quoi m’attendre. Je n’ai jamais suivi de cours type : premiers secours ou autres. Ca me fait penser d’ailleurs que ce serait sans doute une bonne chose que je fasse ca un de ses quatre… Bon, je finis quand même par ouvrir la porte pour voir de quoi il s’agit après avoir demander a Allysin si elle ne pouvait pas nous faire claquer un coup de « 999, what is your emergency ? ». J’ouvre et je vois mon Bernie, pas si mal en point que ca finalement, mais avec une belle entaille dans la main et ce qui semble être un coup de tournevis dans l’épaule gauche, résultat d’une altercation ou notre ami s’en est sortit a pas si mauvais compte que ca, compte tenu des intensions de ses agresseurs de lui faire la peau. Bref, il est tourmenté, énervé. Il veut qu’on vienne le soigner, mais il ne veut pas sortir de peur de se refaire agresser. Il veut rentrer chez moi, mais c’est hors de question. Il n’y a pas moyen qu’il vienne crever sur la moquette du salon ; on se connaît, mais faut pas pousser mémé dans les orties quand même… Bref, les secours sont en route. Apparemment une équipe de paramédicaux en voiture… Tu parles, ouais, une belle bande de branques et de bras cassés qui nous ont envoyé. Ils ont commence par ne pas trouver la porte d’entrée de l’appartement. Sans doute croyaient-ils qu’après s’être fait agresser a l’arme blanche, on allait attendre tranquillement de se faire dépouiller par une bande de dealers de cocaïne en attendant qu’ils aient la diligence de se montrer dans le quartier. Ensuite, une nana vient jusqu'à l’entrée en bas des escaliers, habillée en ce que je décrirais comme étant le style « petite pervenche » typique en France, mais bon, en l’occurrence il s’agit d’une para médecin. Elle reste en bas et ne veut pas entrer plus avant, comme si elle avait un super pouvoir spécial qui soigne les blessures à distance. Et puis elle commence à poser des questions sans aucun rapport avec les blessures de Bernie, mais sur les circonstances de celles-ci. Bernie, qui était déjà pas mal agite, lui répond un peu sèchement qu’il préfère garder son histoire pour la police. Jusque-là, le ton était sec, mais correct, en partie du moins... Pourtant, l’autre, qui est censée soigne et assister les personnes en danger (c’est son travail quand même…) persiste avec ses questions. La, évidemment, mon Bernie perd patience, il renvoie peter la connasse dans ses 22 et lui sort un des plus beaux exemplaires de « get the the fuck off » qu’il m’ait été donné d’entendre jusqu’alors, suivi bien sûr d’un chapelet de jurons divers et varies articules autour de la racine « fuck » (Au fait, pour rappelle, il faut prononcer « fock ») et décliner a toutes les sauces, du gérondif au participe passé, en passant par le complément d’objet direct, l’épithète et le nom. Bref, sans doute un peu pas vraiment au taque en ce début de soirée, la paramédicale décide qu’elle ne peut rien pour personne et tourne les talons sans se retourner. Le seul problème, c’est que Bernie est toujours pas soigne et il faut encore s’occuper de lui. Donc, elle se barre, Bernie peste contre elle et le système, re-claque sa porte d’entrée pour la nième fois de la soirée dans un fracas plutôt terrible. C’est d’ailleurs dans des moments comme celui-là que tu te dis que tu es bien content de ne pas avoir laissé trainer tes doigts n’importe-ou sous peine de se les faire trancher net par une porte en bois à grande vitesse. Bon… Et ben qu’est-ce qu’on fait maintenant, hein ? J’ai ni fil, ni aiguille et puis de toute façon, je ne sais pas vraiment coudre non plus, il faut être franc, donc va falloir trouver une autre solution. Sauf que la, les choses se gâtent. Bernie est en pleine crise de nerfs. Je pense qu’il a eu peur, un peu… Pas autant que nous j’imagine, puisqu’il a « l’habitude » de ce genre de situations inconfortables pour tout le monde. Apres tout, c’est lui l’ex-taulard… Enfin, bon, en pleine crise de nerfs, donc. Il gueule dans tous les sens et recommence a frapper a la porte. Cette fois, il veut discuter. Les choses ne se passent pas aussi bien qu’il le voudrait. Faut avouer que sa mère est gravement malade et on pourra penser ce qu’on veut de ce gars, il n’est pas moins humain que le reste du monde et voir sa maman partir sans rien pouvoir y faire, je suis persuade que ca en traumatise plus d’un. Sans déconner, quelle merde cette maladie ! Bref, il veut qu’on cause, mais il voudrait que je vienne chez lui, que je m’installe et, je ne sais pas vraiment bien ce qu’il souhaite qu’il se passe, qu’on fume un joint ou un truc du genre en discutant des injustices de la vie. Mais mon soucis, a moi, c’est qu’il commence à se faire tard, et demain il faut se lever pour bosser, je suis a moitié a poil et je préférerais retourner me coucher dans les bras du Petit Chat et me laisser doucement glisser dans le pays des rêves. Mais non… Il insiste, il est même vexe que je ne prenne pas la peine de discuter avec lui. Je vois bien qu’il réagit sous l’impulsion émotionnelle et qu’il ne pense pas véritablement ce qu’il dit ou fait. Bon, j’essaie de le calmer, de le ramener un peu a la raison, mais j’avoue que j’aurais préféré qu’il nous laisse tranquille tout de suite… Et puis, oui, aussi… Tout de suite après le départ en trombes de notre équipe de médecins sans diplôme et sans volonté, je suis descendu et même sorti dans la froidure de la nuit du nord de l’Angleterre pour courir après leur voiture en gueulant des conneries en anglais pour qu’ils comprennent que je parle leur langue, quand même, mais malgré mon sprint nocturne en moose pants and superman shirt, je n’ai pas réussi a rattraper la voiture, qui bien évidemment est parti a fond la caisse, comme si une autre urgence, mais sans doute dans un quartier plus chic, venais de tomber. Bref, je reviens clopin-clopant et frigorifie a l’interieur, et c’est la que Bernie se sent l’âme au dialogue et insiste comme pas permit pour que je rentre chez lui. Mais c’est dormir tranquille que j’aimerais bien, moi. Et au bout d’un moment, je retourne voir Allysin et lui dit de rappeler encore une fois et d’expliquer que les branques, ca sert a rien et qu’il faut quand même qu’il se fasse recoudre, a un moment donne. Et c’est 999 encore une fois… Alors eux, c’est pareil… Franchement, ils te passent une pub a la radio ces temps-ci pour te dire que si jamais quelqu’un a les symptômes d’une attaque cérébrale (stroke), il faut tout de suite appeler leur service parce qu’il peut être trop tard si on attend. Mais ce qu’ils ne te disent pas c’est qu’il te faut environ une demi-heure de débat avant qu’ils envisagent d’envoyer une équipe sur place. Et oui, ils veulent tout connaître sur toi, ton passe, la personne pour laquelle tu appelles, son passe… Bref, si jamais t’as besoin d’eux, faut pas les appeler, ils ne peuvent pas t’aider ! Tout du moins, « not in a timely manner »…

Bref, Allysin rappelle. Cette fois, demande pour que ce soit les flics qui viennent et pas une équipe de pissouses équipée comme des putains sans pratique. Pendant ce temps-la, je discute avec Bernie. J’essaie de comprendre ce qu’il me dit quand il parle. Ca n’a l’air de rien comme ca, mais quand il se fait tard, qu’on est fatigue et qu’on n’est pas vraiment du coin, pour comprendre l’argot du pays, faut les avoir bien accrochées ; autrement, c’est mort. Bref, je tente, tant bien que mal, de suivre le fil rouge de ses pensées, histoire de ne pas répondre complètement a cote de la plaque si jamais il me demande mon avis, tu vois… Il s’agit quand même de faire en sorte qu’il se détende un peu pour qu’on puisse aller dormir tranquille, autant faire en sorte de lui expliquer que ca ne sert pas a grand-chose de gueuler et de taper partout. Je dirais qu’environ 10 minutes plus tard, les poulets se pointent finalement a la porte en bas. Bernie recommence a gueuler… Purée, sans rire, quelle plaie ce gars des moments ! Il descend, leur ouvre la porte, les fait entrer. Et bien sûr, « poulaga house » veut nous rencontrer et tenir séance sur le palier. Bon, c’est bien parce que c’est dans l’intérêt de Bernie… Parce que ca pue la weed dans l’appart et j’ai une tronche de déterré défoncé. J’ouvre la porte encore une fois. Cette fois, par contre, vraiment a moitie a poil. L’officier se présente, nous pose deux ou trois questions à la con du genre : « Est-ce que vous avez entendu des bruits bizarres ? Pensez-vous qu’il y ait pu avoir quelqu’un d’autre dans son appartement avec lui au moment des fais ?... Blablabla… » Je réponds en toute franchise que j’ai rien entendu de vraiment particulier ou inhabituel et que je ne pense pas que Bernie ait eu aucune visite durant la soirée. Combien ils étaient déjà ? 5 ou 6 personnes je crois bien, et c’est sans compter le toubib qui les accompagnait. Alors franchement, entre les paramédicaux qui se pointent la fleur aux dents et les flics qui débarquent aussi nombreux que s’il y avait eu une émeute dans le quartier… Il y a quand même un gouffre, non ? Passons… Tout fini avec une dernière série de questions, au moment où ils emmènent Bernie se faire soigner à l’hôpital j’imagine… Bernie se casse la gueule dans les escaliers, au passage… Et un des flics qui nous a interroge lance un grand « Oh Bernie ! Fockin’ hell mate ! » qui m’a particulièrement fait marrer au moment ou je refermais ma porte, enfin pour la dernière fois de la soirée. Thank go dit was over…

9 comments:

allysin said...

oh cheri,

Je me souviens plus de cettesoiree;
just kidding:

Ouais c'est l'histoire d'immigration et les quartiers pauvres.

Unknown said...

wow quelle histoire bizarre.
heureusement qu'il n'est pas mort au moins...
les paramedicaux ont l'air bien cons en Angleterre... ca j'aurais pas pense.
et alors, a la fin, tu as pu dormir combien d'heures?

G-rod said...

Bah, ecoute, il me semble qu'on a finit par aller se coucher vers minuit et quelques. Il n'etait pas vraiment si tard que ca. C'est surtout surprennant je pense de se retrouver dans ce genre de situation... Je veux dire, c'est le genre de choses qui ne faisaient pas partie de mon monde avant que je debarque chez les hooligans; j'ai toujours eu la chance innouie (et je plaisante pas) de vivre dans des quartiers ou le taux de criminalite est faible, pour ne pas dire quasi inexistant. Du coup, pour moi, ca a quand meme ete une grande premiere... Et puis Allysin a voulu que je mette tout ca sur le papier pour nos "records". Enfin, il faut aussi que j'avoue que j'aime bien les histoires, j'aime bien les raconter. Ca me donne l'impression d'avoir vraiment vecu quelque chose et ca me donne aussi la possibilite de faire un peu d'humour noir et de derision sur la societe et ce genre de chose la. Je prefere faire ca qu'en parler directement parce que je m'enerve tout le temps quand j'en parle vraiment serieusement. Disons que j'imagine avoir une meilleure satyre en histoire qu'en dialogue direct...

allysin said...

Geraud=auteur de SCIFI.

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